Archives de décembre, 2010

La rédaction de Médiapart – 30 décembre 2010

A 93 ans, Stéphane Hessel est le plus jeune d’entre nous par la vitalité de son engagement et sa force d’espérance. Né à Berlin en 1917, immigré en France en 1925, naturalisé en 1937, prisonnier évadé en 1940, il rejoint le général de Gaulle à Londres en 1941. Résistant, agent de liaison au BCRA, il est arrêté en France en 1944, puis déporté, notamment au camp de Dora, où il échappera de justesse à la pendaison. Diplomate à partir de 1945, ambassadeur de France, il fera de la question des droits de l’homme son combat sans partage ni relâche, comme l’illustre son ferme engagement pour la cause palestinienne. En cette fin d’année 2010, Stéphane Hessel est unanimement célébré comme une sorte d’incarnation de l’exact contraire de cette basse époque que symbolise le sarkozysme. Reprise de son appel lancé lors de la cérémonie annuellement organisée par Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui au plateau des Glières, haut lieu de la résistance et de son martyr, l’exceptionnel succès de librairie d’Indignez-vous! est à lui seul un chaleureux signe d’espoir en cette froidure hivernale.

Ami et soutien de la première heure de Mediapart, Stéphane Hessel a volontiers accepté de présenter ses vœux d’un citoyen résistant à tous «les citoyens et citoyennes qui savent résister». L’enregistrement a eu lieu en son domicile parisien, jeudi matin 30 décembre. Qu’il en soit chaleureusement remercié. Voici donc avec un peu d’avance des vœux de résistance, en quelque sorte nos contre-vœux avant ceux que prononcera, vendredi 31 décembre 2010 au soir, un président aussi discrédité qu’inaudible. Leur texte est en-dessous de la vidéo, et tous deux sont en accès libre. N’hésitez donc pas à les faire circuler, à les envoyer à vos proches et à vos amis, à les transformer en une grande vague d’espérance face à l’inquiétude.

 

face à l’inquiétude.

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Mes chers compatriotes,

La première décennie de notre siècle s’achève aujourd’hui sur un échec. Un échec pénible pour la France ; un échec grave pour l’Europe ; un échec inquiétant pour la société mondiale.

Souvenez-vous des objectifs du millénaire pour le développement, proclamés en 2000 par la Conférence mondiale des Nations Unies. On se proposait de diviser par deux en quinze ans le nombre des pauvres dans le monde. A la même date, on entamait une nouvelle négociation pour mettre un terme au conflit vieux de trente ans du Proche Orient – les Palestiniens auraient droit à un Etat sous deux ans. Echec sur toute la ligne! Une plus équitable répartition entre tous des biens communs essentiels que sont l’eau, l’air la terre et la lumière? Elle a plutôt régressé, avec plus de très riches et plus de très très pauvres que jamais.

Les motifs d’indignation sont donc nombreux. Ce petit livre Indignez-vous! – qui a eu un extraordinaire succès auprès des parents, et plus encore de leurs enfants, auxquels il s’adresse –, c’est quelque chose qui me touche profondément. De quoi faut-il donc que ces jeunes s’indignent aujourd’hui? Je dirais d’abord de la complicité entre pouvoirs politiques et pouvoirs économiques et financiers. Ceux-ci bien organisés sur le plan mondial pour satisfaire la cupidité et l’avidité de quelques-uns de leurs dirigeants ; ceux-là divisés et incapables de s’entendre pour maîtriser l’économie au bénéfice des peuples, même s’ils ont à leur disposition la première organisation vraiment mondiale de l’histoire, ces Nations Unies auxquelles pourraient être confiées d’un commun accord l’autorité et les forces nécessaires pour porter remède à ce qui va mal.

Au moins nous reste-t-il une conquête démocratique essentielle, résultant de deux siècles de lutte citoyenne. Elle nous permet de revendiquer le droit de choisir pour nous diriger des femmes et des hommes ayant une vision claire et enthousiasmante de ce que la deuxième décennie qui s’ouvre demain peut et doit obtenir. Voilà la tâche que je propose à tous ceux qui m’écoutent. Qu’ils prennent appui sur les auteurs courageux qui se sont exprimés ces derniers mois, sur Susan George et son beau livre Leurs crises, nos solutions, sur Edgar Morin et son dernier tome L’Ethique, sur Claude Alphandéry et ses propositions pour une économie sociale et solidaire. Avec eux, nous savons ce qu’il est possible d’obtenir.

N’attendons pas. Résistons à un président dont les vœux ne sont plus crédibles.

Vivent les citoyens et les citoyennes qui savent résister!

Chapeau ! Merci et longue vie à Stéphane Hessel

20 Minutes – 29/12/10 – AFP

 

Nicolas Sarkozy et Omar Bongo à Libreville le 27 juillet 2007.

Nicolas Sarkozy et Omar Bongo à Libreville le 27 juillet 2007

…Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy en aurait profité…

Près de 30 millions d’euros auraient été détournés de la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC) à son profit par le défunt président gabonais Omar Bongo et auraient aussi profité à des partis français, selon des notes diplomatiques américaines divulguées par Wikileaks, visibles mercredi sur le site de El Pais.

Cette information a été donnée quatre jours après la mort de Omar Bongo, en juin 2009, par un haut fonctionnaire de la BEAC à un diplomate de l’ambassade américaine au Cameroun, précise le journal espagnol. Selon la même source, «les dirigeants gabonais ont utilisé les fonds détournés pour leur enrichissement personnel et, suivant les instructions de Bongo, ont remis une partie de l’argent à des partis politiques français, y compris en soutien au président Nicolas Sarkozy».

Sarkozy et Chirac en première ligne

L’argent aurait profité «aux deux camps, mais surtout à droite, en particulier à (l’ancien président français Jacques) Chirac mais aussi Sarkozy». «Bongo était le président africain préféré de la France», a ajouté cette source.

La BEAC regroupe les réserves des Etats membres de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale: le Gabon (qui en désigne le gouverneur), le Cameroun (où est situé le siège), la République du Congo, la République centrafricaine, le Tchad et la Guinée Equatoriale.

Selon le câble datant de juillet 2009, le gouverneur de la BEAC, le Gabonais Philip Andzembe, avait placé en secret 500 millions d’euros dans un investissement à haut risque de la banque française Société Générale.

36 millions de dollars

Après que ce placement non autorisé a été rendu public, un audit de la BEAC a été mené et «a révélé des malversations encore plus larges et plus audacieuses, liées à la hiérarchie des officiels gabonais», a indiqué le fonctionnaire à l’origine de cette information.

«L’enquête interne a montré que 36 millions de dollars (environ 28 millions d’euros, ndlr) ont été détournés via des chèques à des hauts responsables du Gabon», a-t-il dit. Le clan au pouvoir au Gabon, «dont le défunt président Omar Bongo et son fils Ali, ministre de la Défense et candidat à la présidence (élu depuis à la tête du pays, ndlr), a bénéficié du détournement de fonds», indique le document.

Enquête sur les biens mal acquis

«Cette ambassade n’est pas en mesure de vérifier la véracité de l’accusation selon laquelle des hommes politiques français ont bénéficié du détournement de fonds», se contente de conclure le câble, signé de l’ambassadeur américain au Cameroun Janet Garvey.

Une enquête est en cours en France sur le patrimoine dans l’Hexagone de trois présidents africains et de leurs proches, dont Omar Bongo, suite à une plainte de Transparency International, une ONG spécialisée dans la lutte contre la corruption.

Ca continue…. et tous les fusibles ont fondu…

Marianne2 - 28/12/10 – Emmanuel Levi

Le baromètre de Marianne enregistre désormais 4,618 millions de chômeurs. Depuis trois mois, c’est le niveau auquel le chômage s’est stabilisé. Alors que le pays s’apprête à entrer dans la rigueur mise en musique par le gouvernement, que l’Europe peine à défendre sa monnaie comme son industrie, le risque de chômage s’accroît notamment pour la part la moins protégée des salariés: les ouvriers non qualifiés.

Chômage : le pire est à venir pour les ouvriers

 

 

 

« Malgré cette augmentation sur un mois, ce chiffre témoigne de la stabilisation du nombre de demandeurs d’emplois depuis six mois. Le deuxième semestre 2010 aura en effet permis, malgré une reprise économique encore fragile, de stabiliser le nombre de demandeurs d’emplois », a indiqué Xavier Bertrand, ministre du travail. De retour rue de Grenelle, l’ex-patron de l’UMP, retrouve cet exercice terrifiant qui consiste à commenter des chiffres du chômage en période de récession. Bonhomme, le maire de Saint Quentin a fait contre mauvaise fortune bon cœur en célébrant une « stabilisation ».

Et de fait depuis 3 mois, le chômage semble avoir atteint un plateau. Avec 4,62 millions de personnes hors de l’emploi, notre baromètre s’installe donc à un niveau stratosphérique, qu’il n’avait encore jamais atteint avant septembre dernier. Même si sa vitesse décroît, la dégradation, portée par la dynamique du chômage caché, est, ce mois-ci encore, au rendez-vous: + 0,4% sur un mois, et + 6,6% sur un an. Au total, le taux de chômage au sens du baromètre Marianne s’établit à 16,4 % en France métropolitaine.

Crise aidant, Nicolas Sarkozy peut justifier d’une nouvelle ligne sur son CV due à sa politique: entre mai 2007 et novembre 2010, le nombre de demandeur d’emploi au sens du baromètre Marianne, s’est accru d’un million de personnes. Depuis son entrée de fonction en 1997, notre baromètre a progressé de 27,3 %.


Chômage : le pire est à venir pour les ouvriers

Cette dégradation globale prend des allures de catastrophe dans certaines régions. Ainsi, en Guadeloupe, plus de la moitié (50,6%) des 59 500 personnes inscrites au chômage le sont depuis plus d’un an, contre une moyenne proche de 38 % sur l’ensemble de la France. Abonnée aux indicateurs économiques dégradés, la région Nord-Pas-de-Calais se classe aussi première dans l’hexagone sur ce critère : la part des chômeurs de longue durée atteint 41,5% des inscrits, idem sur celle des moins  de 25 ans…

Chômage : le pire est à venir pour les ouvriers

 

Pour ceux-là, la chance de retrouver un emploi est bien maigre. Et rien n’annonce une éclaircie dans leur vie. Emporté par sa volonté de réduire les dépenses, le gouvernement a coupé dans les crédits affectés aux politiques de l’emploi. Les « petits boulots » maigres bouées pour ces naufragés de la recherche vaine de job vont donc se faire plus rares.

 

Dans le privé non plus l’avenir n’est pas rose : le gouvernement a beau répéter à tue tête sa prévision de croissance de 2% pour 2011, il ne convainc personne. Hors de Bercy, de l’Elysée et de Matignon, les économistes anticipent eux une croissance plus proche de 1,6 % que de 2 %, soit un rythme comparable à ce que le pays a pu vivre cette année, à peine de quoi créer 100 000 postes.Surtout, l’hémorragie dans l’industrie hexagonale se poursuit. L’Insee prévoit une perte de 72 000 postes équivalent temps plein dans ce secteur en 2010, après – 171 000 en 2009.

Pour les ouvriers non qualifiés, la traduction est simple : cela signifie un risque accru de chômage.

Une récente étude de l’Insee permet d’en prendre toute la mesure. Jamais en 2009, le risque de chômage pour un ouvrier ne fut aussi élevé. Un  ouvrier en poste avait presque 9% de chance de connaître le Pôle emploi dans l’année qui venait, contre 3,6% pour l’ensemble des salariés. Quant au travailleur au chômage sa probabilité de le rester culminait à 62%.

 

Pis, cette dégradation du tissu industriel renforce les inégalités entre les salariés selon leur qualification. Ainsi la probabilité de chômage de 9 % pour l’ouvrier se compare désavantageusement à celle du cadre qui affiche elle 1,6 %. Résultat, jamais le rapport entre ces deux risques n’a été aussi important : le prolétaire a 5,6 fois plus de (mal)chance de se faire virer que le cadre contre 4,3 en 2005, soit une dégradation relative de 25 %. Merci la crise !

 

On comprend dès lors, le sentiment d’insécurité grandissant dans la population. Comment consommer, et encore quand les salaires le permettent, alors que le risque de chômage, et de déclassement qu’il induit, atteint des sommets ?

Les relativement bons derniers chiffres de la consommation sont à mettre au seul crédit de la précipitation des consommateurs à pousser les portes des concessionnaires d’automobile. À quelques jours de la fin de la prime à la casse, artificiellement maintenue en vie par le gouvernement, les ménages encore hésitant ont profité de l’aubaine… Cela n’aura évidemment qu’un temps. Cette mini relance est finie, reste le second terme de la rIlance le néologisme de Christine Lagarde : la rigueur.

Encadrement magazine décembre 2010

"Les personnes matinales sont mieux positionnées que les autres pour réussir leur carrière". Telle est la thèse défendue par le biologiste Christoph Randler dans un article de juillet-août 2010 de la Harvard Business Review ("The Early Bird Réally Does Get the Worm"). Les raisons ? "Outre la concordance naturelle avec les horaires scolaires et professionnels, les travailleurs matinaux ont statistiquement plus de chances de faire preuve de proactivité ." C’est-à-dire de prendre à bras le corps leur métier et leurs journées.

Les lève-tôt seraient par ailleurs plus "optimistes, consciencieux, stables et facilement satisfaits de leur vie", alors que leurs homologues de l’après-midi sont généralement plus "intelligents, créatifs et drôles, mais aussi plus pessimistes et névrosés"

Quelles conséquences pour le management ? Si le fait d’être "du matin" ou "du soir" s’avérait fondamentalement inné, (ce que la recherche doit encore démontrer) et donc difficile à modifier, il deviendrait alors judicieux que les entreprises s’adaptent et fassent preuve de souplesse, en permettant aux uns et aux autres de commencer et de terminer le travail plus ou moins tard. On verra peut être un jour des pointeuses différentes pour les "lève-tôt" et les "lève-tard".

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Altermonde sans frontières – 21/12/10 – Fabrice Nicolino

Je crains fort qu’aucun commentaire ne soit bien nécessaire. Le monde dans lequel nous vivons est celui-là. C’est celui de Sarkozy. C’est celui de Strauss-Kahn, sans qu’aucune différence ne puisse être faite entre les deux. L’article ci-dessous est tiré du magazine Challenges, propriété du groupe Le Nouvel Observateur, dirigé jusqu’à son départ vers Europe 1 et Lagardère, marchand d’armes, par Denis Olivennes. Bienvenue dans ce monde tellement meilleur qu’on ne sait plus quoi dire.

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    1 groupe du CAC 40 sur 4 ne paye pas l’impôt sur les sociétés522427_730ee

     

    L’an dernier, Total, Danone ou encore Suez n’ont pas payé l’impôt sur les sociétés, essentiellement grâce aux niches fiscales.

    En France, l’impôt sur les sociétés (IS) est fixé à 33%, et 15% pour les entreprises réalisant un chiffre d’affaires inférieur à 7,6 millions d’euros. En théorie. Car dans la pratique, ces taux sont largement contournés. Une enquête du Journal Du Dimanche publiée dimanche 19 décembre conclut qu’« une entreprise du CAC 40 sur quatre n’a pas payé d’impôt sur les sociétés l’an dernier ». En 2009, malgré un bénéfice de plus de 8 milliards d’euros, Total n’a pas payé un centime d’IS en France. Idem pour Danone, Suez, Essilor, Saint-Gobain et Schneider. Ces sociétés ont toutes payé cet impôt à l’étranger : près de 8 milliards pour Total, 433 millions pour Schneider, 424 millions pour DanoneChallenges.fr

 

“Un impôt de chagrin”

    Les causes diffèrent selon les sociétés. Pour Total, c’est parce que ses activités françaises, les raffineries, sont en perte. De son côté, “Danone déduit la facture de ses emprunts contractés pour acquérir Numico en 2007″, selon le JDD, profitant de ce que l’on appelle dans le code des impôts de la “déductibilité des intérêts”. Il n’y a dans cet état de fait rien d’illégal. Si la crise a diminué les bénéfices, donc l’IS, les grandes entreprises françaises profitent surtout des diverses dispositions fiscales qui permettent de multiples exonérations : le report illimité des pertes, le régime fille-mère, le crédit impôt-recherche, la “niche Copé”… L’impôt sur les sociétés est devenu “un impôt de chagrin” selon le ministre du Budget François Baroin, cité par le journal.

 

Le CAC imposé à 8% en moyenne

    Un rapport du Conseil des prélèvements obligatoires publié en octobre indique que les entreprises du CAC 40 sont imposées en moyenne, au titre de l’IS, à 8%, tandis que les PME le sont à 22%, ces dernières n’ayant pas les moyens des grands groupes en matière d’optimisation fiscale. Ce rapport précise que les économies réalisées par les entreprises grâce aux dérogations fiscales représentaient 66,3 milliards d’euros en 2009, contre seulement 18,5 milliards en 2005. Dans un contre-rapport publié le 30 novembre, le Medef expliquait que ces niches fiscales, qui se multiplient depuis huit ans, étaient la compensation nécessaire pour les entreprises à une imposition parmi les plus élevées d’Europe

La Quadrature du Net – 21/12/10

Paris, 21 décembre 2010 — L’Assemblée nationale a adopté en deuxième lecture le projet de loi LOPPSI, dont l’article 4 met en place le filtrage administratif d’Internet via le cheval de Troie de la protection de l’enfance. Un tel dispositif extra-judiciaire, qui permettra à terme de généraliser la censure des contenus sur Internet, expose à de dangereuses dérives, tout en laissant prospérer les pédophiles et la pédopornographie.

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(CC) BySa La Quadrature du Net

Le filtrage donne l’illusion que l’État s’attaque à la pédopornographie en ligne alors que le blocage de sites n’empêchera en rien les criminels qui se livrent à la production et à la distribution de ces contenus de prospérer1. Il s’agit en réalité d’un faux prétexte visant à légitimer le filtrage administratif d’Internet, et à déployer une infrastructure technique de censure.

« Sous réserve de son adoption conforme – qui semble acquise – lors de la deuxième lecture au sénat, le parlement va donc permettre au gouvernement de filtrer le Net sans décision préalable de l’autorité judiciaire. Sans moyen pour les citoyens de contrôler la manière dont les sites seront censurés ou de s’opposer aux décisions, le gouvernement a carte blanche pour faire lui-même la police sur le Net au mépris des droits fondamentaux », déclare Jérémie Zimmermann, porte-parole de La Quadrature du Net.

« Le risque est grand que ce filtrage extra-judiciaire du Net, qui remet en cause la séparation des pouvoirs, soit étendu à d’autres domaines.2 La porte est ainsi ouverte à de graves violations de la liberté d’expression et de communication, notamment dans le cas d’inévitables censures collatérales3. Il faut désormais que les députés opposés au filtrage administratif du Net saisissent le Conseil constitutionnel afin que l’article 4 soit censuré », conclut Zimmermann.

Les citoyens doivent également se tenir prêts à contrer au niveau européen une tentative d’instrumentalisation de la protection de l’enfance pour justifier le contrôle d’Internet. Une directive, en cours d’examen au Parlement européen, risque en effet de généraliser à toute l’Union européenne le filtrage des sites à caractères pédopornographiques. Les projets extrêmes récemment dévoilés par le premier ministre britannique4 montrent le chemin que les censeurs du Net veulent emprunter.

  1. 1. Plutôt que d’instrumentaliser la protection de l’enfance pour faire accepter le filtrage, le gouvernement aurait pu faire le choix de renforcer ses efforts pour obtenir le retrait des contenus incriminés des serveurs qui les hébergent. Il aurait également pu tenter d’améliorer la coopération internationale dans ce domaine. Ces modes d’action sont d’ailleurs recommandés par l’association d’information et de prévention sur la pédophilie, l’Ange Bleu qui s’oppose à l’article 4: « LOPPSI : la protection de l’enfance, cheval de Troie du filtrage généralisé d’Internet ? »

  2. 2. Le président Sarkozy a déja promis le filtrage aux industries du divertissement: « Plus on pourra dépolluer automatiquement les réseaux et les serveurs de toutes les sources de piratage, moins il sera nécessaire de recourir à des mesures pesant sur les internautes. […] Il faut donc expérimenter sans délai les dispositifs de filtrage. » – Vœux au monde de la culture du Président de la République, 7 janvier 2010 : http://www.elysee.fr/download/?mode=press&filename=100107-discours-Voeux…
    Éric Besson a également suggéré que WikiLeaks devrait être interdit en France, sans qu’aucune décision judiciaire n’ait pourtant condamné l’organisation: http://www.laquadrature.net/fr/wikileaks-et-la-censure-politique-dintern…

  3. 3. Voir la note de La Quadrature du Net « Le filtrage d’Internet viole l’État de droit »

  4. 4. http://www.pcinpact.com/actu/news/60945-blocage-sites-pornos-xxx-angleterre.htm

Par Nolwenn Weiler (8 décembre 2010)

Où va la médecine du travail ? Comment lutter contre la remise en cause permanente de l’indépendance des médecins du travail ? Comment faire face à la souffrance croissante des salariés ? Des questions que se posent depuis 20 ans une dizaine de médecins de l’Ain. Leur vision, sans concession, est résumée dans un ouvrage, La santé au travail en France : un immense gâchis humain. Entretien avec Odile Chapuis, médecin du travail, membre de ce collectif d’insoumis.

Basta ! : Vous dites, dans votre ouvrage, que dans le domaine de la santé au travail, le jeu social français est gangréné par l’hypocrisie. Pourquoi ?

La médecine du travail, appelée désormais Service de Santé au Travail (SST) a toujours été le fruit d’un compromis de la société. On a mis ce service sous la tutelle du patronat ! Ce qui est quand même incroyable ! C’est un peu comme si on confiait la douane à un contrebandier. Le directeur de mon service, par exemple, fait partie de la direction du Medef du département. Quand je dis ça aux gens qui ne connaissent pas le fonctionnement de la médecine du travail, ça les fait rire ! Nous n’avons pas l’indépendance nécessaire à l’esprit critique et à l’analyse des dysfonctionnements du monde du travail.

Vous avez pourtant réussi, au sein de votre collectif, à souligner ces dysfonctionnements…

Nous avons tenté d’alerter, à maintes reprises, depuis plus de 15 ans ! Mais nous avons toujours été traités d’extrémistes, de gauchistes, etc., alors que, chiffres en mains, les résultats sont parmi les plus mauvais en Europe. Pour ce qui concerne les inégalités sociales de santé en rapport avec le travail, nous sommes même les meilleurs ! De même pour le harcèlement. Qui le sait ? Qui le dit ? On est encore trop souvent dans la banalisation. La preuve : le gouvernement a essayé de faire passer la réforme de la médecine du travail discrètement, parmi la réforme du système des retraites.

Mais le Conseil constitutionnel a refusé que les deux questions soient traitées dans la même loi.

Le Conseil constitutionnel a décrété qu’il n’était pas moral, quand même, de glisser cette réforme de la santé au travail dans la réforme des retraites. Mais la loi qui sera votée sur le sujet, sans doute en début d’année prochaine, n’en sera pas moins calquée sur le modèle patronal. Le projet actuel n’enlève rien à la mainmise patronale. Pire : il la renforce puisque la mission de santé est retirée au médecin, et confiée au directeur du service, membre du patronat ! Les médecins ne pourront simplement plus travailler. Ils seront pris en tenaille entre la déontologie du métier, qui impose de prendre soin, et les ordres de l’employeur dont les priorités sont tout autres… L’autre problème, majeur pour nous, c’est la suppression de l’entretien annuel avec le salarié au cours duquel celui-ci pouvait, normalement, s’exprimer librement. Puisqu’il était protégé par le secret médical. Nous avions là un potentiel d’analyse fantastique puisque nous voyions tous les ans l’ensemble d’une population.

Aviez-vous vraiment les moyens de voir tous les salariés ? Depuis la réforme de 2004, vous aviez de plus en plus de salariés à voir, et d’entreprises à superviser, non ?

Il est clair que notre indépendance a commencé à être remise en question par la pénurie médicale. On a cessé de former des médecins alors que 1.700 des 6.500 médecins du travail vont partir en retraite ces toutes prochaines années ! Nous devenons des médecins de l’urgence. Nous voyons en priorité les accidents, les embauches de dernière minute, etc. Nous avons de moins en moins de capacités d’analyse qui nous permettraient de pouvoir donner des alertes. De plus en plus nécessaires pourtant, puisque la souffrance au travail augmente.

Comment expliquez-vous cette augmentation de la souffrance au travail ?

En France, la santé au travail est maltraitée, depuis longtemps. Depuis toujours. À ce fonds ancien de maltraitance, s’est ajoutée ces 15-20 dernières années la folie de la rentabilité maximale. Nous, médecins, avons vu le phénomène progresser. Il faut faire toujours plus et mieux, avec toujours moins de moyens, notamment humains. À force, ça fait péter les plombs aux gens ! Le secteur de la production a été touché le premier. Puis celui des services, du social, etc. Beaucoup de salariés sont aujourd’hui dans une souffrance terrible, celle de mal faire leur travail. J’ai vu des travailleurs de maisons de retraite en pleurs dans mon cabinet me dire qu’ils étaient obligés de mélanger la soupe, le yaourt et la compote des résidents pour aller plus vite ! Parce qu’ils sont chronométrés pour toutes leurs tâches ! Après on parle de la maltraitance dans les maisons de retraite, évidemment. La réalité c’est qu’il y a une chaîne de maltraitances. Dans laquelle sont inclus de plus en plus de salariés.

Propos recueillis par Nolwenn Weiler

La santé au travail en France : un immense gâchis humain, Collectif des médecins du travail de Bourg-en-Bresse, Éditions L’Harmattan, 2010, 130 pages, 13 euros.

 

Cancers professionnels : quand le travail tue

Par Nolwenn Weiler (14 décembre 2010)

Au moins deux millions de Français, notamment des salariés peu ou pas qualifiés, sont exposés sur leur lieu de travail à des substances cancérigènes. Et pas seulement à l’amiante. C’est le constat dressé par plusieurs études sur l’apparition des cancers en milieu professionnel. Un risque encore difficile à faire reconnaître par les entreprises et les pouvoirs publics. Les cancers professionnels sont pourtant en Europe la première cause de mortalité liée au travail.

M. Nahal n’a pas eu le temps de profiter de sa retraite. Il est mort bien avant d’un cancer du sinus maxillaire, sans doute causé par de multiples expositions professionnelles à des substances cancérigènes : fumées de soudage lorsqu’il était ouvrier métallurgiste chez Citroën, fumées d’essence et de diesel à son poste de gardien de parking, silice et amiante rencontrées en fonderie et dans le bâtiment, solvants chlorés à son poste de nettoyage des avions… Cette liste macabre a été reconstituée, au fil de longs entretiens individuels, par le Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle (Giscop 93).

Lutter contre l’invisibilité

Lancé en janvier 2001 à l’initiative de chercheurs, médecins de santé publique et de santé au travail, cliniciens, représentants de comités d’hygiène et de sécurité, le programme du Giscop consiste à reconstruire des parcours professionnels de patients atteints de cancer.

Les résultats de leur enquête, menée depuis 10 ans, décrivent une réalité peu connue, voire occultée : celle des cancers professionnels, qui sont, en Europe, la première cause de mortalité due au travail. « Les estimations que l’on a font état d’environ 5% de cancers ayant une origine professionnelle, mais ces chiffres sont en deçà de la réalité », estime Laurent Vogel, directeur du département santé et sécurité de l’Institut syndical européen. « D’abord, parce que les populations féminines n’ont pas, voire peu, été étudiées. Ensuite, parce qu’il est très rare que les médecins demandent à un patient atteint d’un cancer de retracer son parcours professionnel. Alors que le lieu de travail est un endroit où de nombreux salariés sont surexposés à des substances cancérigènes. »

Menée en France en 2003 par la Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) et la DGT (Direction générale du travail), la dernière enquête Sumer montre que 13,5% des salariés français, soit 2.370.000 personnes, sont exposées à un ou plusieurs produits cancérigènes pendant leurs heures de travail. « Or, on sait que toute exposition à un agent cancérigène peut jouer un rôle dans l’initiation ou le développement d’un cancer » , détaille Annie Thébaud-Mony, directrice du Giscop. L’origine des cancers humains est imputable à un défaut de fonctionnement du cycle cellulaire. Tout agent cancérigène est susceptible ou non de perturber ce cycle du développement cellulaire. Sachant que la maladie peut se déclencher des années après l’exposition à la substance cancérigène, il importe de tenir compte de la totalité des carrières. Ce que n’a pas fait l’enquête Sumer, qui ne traite pas des expositions aux substances cancérigènes dans la durée. Du fait de ce biais, le nombre des salariés exposés a sous doute été sous-estimé.

Sous-déclarations en nombre

L’enquête Sumer s’est de plus limitée à interroger les personnes en poste, alors que les sous-traitants et les intérimaires sont souvent les plus exposés, et les moins suivis. « Ce risque de perte de suivi des expositions s’aggrave avec la fragmentation des carrières. Qui est la condition de la majorité des salariés aujourd’hui. », s’inquiète Laurent Vogel. Dernier facteur d’invisibilité, pour les cancers professionnels : le phénomène, massif, de sous-déclaration. « Au minimum un cas sur deux ne serait pas reconnu. Ce qui prive de leurs droits les victimes ou leurs ayants droit et pèse sur la branche maladie de la Sécurité sociale, soulageant la branche AT-MP (accidents du travail et maladies professionnelles), laquelle est financée par les employeurs ! », rappelle Sylvie Platel, chercheur au Giscop. M. Nahal, est mort sans que le cancer dont il était atteint soit reconnu comme maladie professionnelle, malgré des demandes allant dans ce sens.

C’est que la polyexposition n’entre pas dans les tableaux de la Sécurité sociale. Les effets synergiques des cancérigènes sont pourtant reconnus comme facteur aggravant dans le développement de la maladie. « Le cancer professionnel type, pour les services de santé publique en général, c’est le mésothéliome, dû à l’amiante, explique Laurent Vogel. C’est monocausal. C’est simple. Dès que cela se complique, au niveau des causes potentielles, cela l’est aussi pour la reconnaissance comme maladie professionnelle. »

Hors amiante, pas de salut

Si le nombre de cancers professionnels reconnus par la Sécurité sociale a augmenté depuis les années 1990, cela concerne quasi exclusivement les cancers dus à l’amiante. « Nous espérions que l’amiante serait un précédent. C’est malheureusement devenu l’arbre qui cache la forêt, regrette Annie Thébaud-Mony. Le système de reconnaissance et d’indemnisation a isolé les malades de l’amiante – qui reste un risque redoutable – des autres personnes atteintes de cancer. » Un diagnostic que confirme le politologue Emmanuel Henry, qui a étudié la genèse de ce « scandale improbable » de l’amiante. Paradoxalement, en ayant été l’objet de dispositifs spécifiques, l’amiante, principal cancérogène professionnel actuellement, a de fait éclipsé les autres toxiques professionnels.

Et gare aux fumeurs. Si une personne atteinte de cancer fume ou a fumé, c’est automatiquement cette cause qui sera retenue, dans le déclenchement d’un cancer. « La pratique dominante c’est de considérer, à tort, qu’à partir du moment où il y a un risque personnel, c’est celui-ci qui l’emporte sur le risque professionnel », souligne Annie Thébaud-Mony.

Inégalités sociales face au cancer

Si elle rend compte imparfaitement de l’étendue du désastre, l’enquête Sumer, complétée par celle du Giscop, dit aussi une autre réalité, crue et douloureuse : ce sont essentiellement les ouvriers et les travailleurs les plus précaires qui, en France ou ailleurs en Europe, sont exposés et/ou atteints par ces cancers professionnels. 30% des ouvriers qualifiés sont ainsi exposés à des agents cancérigènes, et 22,5% des ouvriers non qualifiés, contre 11% des professions intermédiaires et 3% des cadres.

« Dans le Nord-pas-de-Calais, la mortalité par cancer des hommes âgés de 25 à 54 ans est plus élevée que dans les autres régions de France, mais dans des proportions très différentes, note Marie-Anne Mengeot dans son ouvrage Les cancers professionnels, une plaie sociale trop longtemps ignorée. Par rapport aux autres régions, la mortalité par cancer est supérieure de 9% pour les cadres supérieurs, de 30% pour les professions intermédiaires/artisans/commerçants, et de 60% pour les ouvriers/employés.

Et cette relation entre espérance de vie, cancer et statut social n’est pas propre au Nord-pas-de-Calais. « Dans tous les pays européens, les travailleurs manuels ont [entre 45 et 59 ans] un taux de mort prématurée, supérieur aux non-manuels, dans un rapport qui va parfois du simple au double. » Et si les disparités de consommation de tabac entre groupes sociaux existent, elles sont sans commune mesure avec les inégalités de cancers. « Chez les hommes, l’écart concernant la proportion de fumeurs est de l’ordre de 20% entre cadres et ouvriers. Mais l’excès de mortalité précoce par cancer chez les ouvriers par rapport aux cadres est de l’ordre de 200%. »

Des leviers pour agir

Il semble donc qu’il faille arrêter de se contenter de dire aux gens qu’ils ont trop fumé, qu’ils mangent mal ou ne font pas assez de sport… et mettre les employeurs face à leurs responsabilités. « L’enquête du Giscop montre à quel point les initiatives de prévention du cancer doivent être menées sur le plan professionnel, au moins autant que sur le plan personnel », reprend Laurent Vogel. Reconnue au niveau international et européen, la méthodologie du Giscop, gagnerait par ailleurs à être généralisée. Elle permettrait, selon Annie Thébaud-Mony, « d’identifier les substances cancérigènes auxquelles sont exposées les salariés et d’être une véritable outil de vigilance sanitaire ».

La substitution (remplacement des substances les plus nocives) et l’amélioration des protections collectives et individuelles (systèmes physiques de protections, masques, gants, etc.) peuvent être mises en place assez rapidement. À condition évidemment que les employeurs s’engagent davantage. « Jusqu’à quel point les autorités publiques sont-elles prêtes à intervenir pour faire pression sur les outils de production ? », interroge Laurent Vogel. « Pour l’instant, elles sont plutôt timides. » Cela semble tellement plus simple de soutenir la recherche d’explication génétique au cancer. Qui individualise les causes et responsabilités.

Les instances représentatives du personnel sont d’autres leviers pour agir sur cette problématique des cancers professionnels. Principalement les CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), légalement obligatoires dans les entreprises de 50 salariés et plus. « Cela suppose que les syndicats se les approprient, qu’ils y reprennent du pouvoir, en s’adossant à d’autres compétences », conseille Annie Thébaud-Mony. Mais l’importance est la même pour les représentants du personnel non syndiqués. Quoi qu’il en soit, le travail en collaboration avec les médecins du travail est primordial, de même que l’appel à des personnes ressources, tels les chercheurs du Giscop 93.

L’efficacité du travail qui peut être accompli au sein des CHSCT dépendra aussi de la capacité des syndicats à organiser les travailleurs. À s’emparer de cette injustice des cancers professionnels. Ils pourraient devenir « les acteurs des inventaires et évaluations des substances chimiques dans leur entreprise », suggère Marie-Anne Mengeot. Elle propose par ailleurs de mettre en pratique l’obligation de l’employeur de délivrer aux salariés une attestation d’exposition aux agents cancérigènes. La surveillance de santé post-professionnelle est une autre piste de suivi à mettre en place. Pour sortir les malades du travail de leur anonymat. Tout cela constituerait, selon elle, « un test important pour imposer un contrôle démocratique sur les choix de production ». Pour en finir aussi avec ce scandale sanitaire et social.

Nolwenn Weiler

 

Le Monde du dimanche 19 lundi 20 décembre 2010

 

Les députés de l’UMP, emmenés par leur ancien et leur nouveau président, Jean-François Copé et Christian Jacob, ont déposé, vendredi 17 décembre, trois amendements aux textes sur la transparence financière et l’élection des députés qui doivent être discutés lundi 20 en séance.

 

 

Selon le texte issu des travaux en commission des lois ( Le Monde du 16 décembre ) «  le fait d’omettre sciemment de déclarer une part substantielle de son patrimoine ou des ses revenus » à la commission pour la transparence financière de la vie politique (CTFVP), chargée de vérifier la situation patrimoniale  des élus, serait passible de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende.

 

 

Un des amendements supprime cette incrimination pénale. Les deux autres ôtent la possibilité à la CTFVP de demander à l’administration fiscale, en cas de doute, communication des déclarations d’impôt sur le revenu et d’impôt de solidarité sur la fortune des élus concernés. Ce qui revient à priver la commission de tout pouvoir.

Retraites complémentaires : le projet de Guillaume Sarkozy enterré

Nouvel Obs 20 décembre 2010

La société spécialisée dans la retraite complémentaire qui devait être créée avec la Caisse nationale de prévoyance ne verra finalement pas le jour

Le projet du frère du chef de l’Etat, Guillaume Sarkozy de créer une société spécialisée dans la retraite complémentaire a été abandonné, indique lundi 20 décembre le site Mediapart. Le délégué général du groupe de prévoyance Malakoff Médéric avait l’ambition de créer avec la Caisse nationale de prévoyance (CNP) une grande société spécialisée dans la retraite complémentaire qui devait initialement voir le jour au 1er janvier 2011.

Solidité financière insuffisante

Le projet a d’abord été suspendu par l’Autorité de contrôle prudentiel, une autorité de régulation sous la tutelle de la Banque de France en raison d’une solidité financière insuffisante. La CNP a ensuite décidé d’enterrer le projet. Un tract de la CFDT de la Caisse nationale de prévoyance indique : "Suite à la décision du conseil d’administration de la CNP, l’ambitieux projet se retrouve réduit à une équipe d’une vingtaine de personnes chargées de mener un test du marché retraite pendant 18 mois. Les réseaux CNP Trésor et Médéric Conseil vendront une nouvelle gamme aux PME. En fonction des résultats du test sera prise la décision ou non de création début 2013 d’une entreprise joint-venture commune.."

Sud-Ouest 20 décembre 2010

 

 

Réduits à faire les poubelles pour manger

 

Avec 5 euros par jour pour se nourrir, certains cherchent les rations de survie dans les déchets des supermarchés ou de la Banque alimentaire

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Un vendredi soir sur le trottoir de la Banque alimentaire de Bordeaux. PHOTO LAURENT THEILLET ..

 

 

Le phénomène n’est pas nouveau mais sur le trottoir devant la Banque alimentaire de Bordeaux il n’a été constaté que depuis quelques mois. Le bip-bip des chariots élévateurs se met en veilleuse, les derniers camions rentrent de la collecte, les volets roulants se baissent avec fracas. Il est entre 17 et 18 heures, le rituel du vendredi soir peut commencer.

 

Vendredi, c’est le jour de la sortie hebdomadaire des grandes poubelles de l’association, installée dans une zone d’activité entre les quartiers du Lac et de Bacalan. La nuit tombe vite, la température aussi, les zombis de la misère surgissent.

 

 

Ils viennent seuls ou en couple, équipés de sacs qui ont connu la grande distribution. Certains portent un escabeau et des gants. Faire les poubelles demande un minimum d’organisation. Arriver parmi les premiers est une obligation pour espérer une collecte fructueuse. Ce soir, Maria et son compagnon sont les premiers. Ils ont garé le fourgon à deux pas. Sans un mot, ils rabattent les couvercles et s’en vont piocher dans les conteneurs. Bananes, yaourts, gâteaux secs, plats cuisinés et pots pour bébés s’entassent dans les poches.

 

« Les invisibles »

Maria regarde machinalement les étiquettes. « On nous a dit de venir ici. Il y a toujours quelque chose. C’est bon », dit-elle en rejetant un paquet de biscuits entamé par des rongeurs. L’élocution saccadée et un fort accent de l’Est témoignent de son origine rom. Alors qu’elle commence à évoquer le campement et leurs enfants, lui s’impatiente et file, les bras chargés. Alors elle le suit sans se retourner. Mission terminée.

Dans une telle collecte, les produits sont tous périmés de longue date. Les six mois de sursis sanitaire accordés aux denrées après péremption sont largement atteints. Ce n’est pas pour rien que la Banque alimentaire s’en débarrasse. Faire les poubelles de cette association, bien plus que celles des supermarchés ou des marchés qui ont aussi leur « clientèle », c’est toucher le fond.

« Dans le jargon social, on les appelle "les invisibles". Ils n’ont droit à rien parce qu’ils sont sans papiers ou parce que leurs petits salaires leur ferment l’accès à la "carte alimentaire" car ils dépassent les seuils des minima sociaux. Et puis il y a aussi tous ceux qui, souvent par honte, n’osent pas franchir les portes des associations. On compte beaucoup de retraités touchant le minimum vieillesse, de familles monoparentales ou des étudiants », raconte Georges Viala, président de la Banque alimentaire de Bordeaux et de la Gironde.

Il est le premier à déplorer ce phénomène qui pousse les gens à aller chercher des moyens de subsistance dans les poubelles. Il sait que les produits que son association jette sont plus que périmés, puisque les denrées qu’elle récupère ne sont déjà pas d’une grande fraîcheur. Elle s’approvisionne avec les invendus des hypers (la moitié du stock), des dotations de l’Union européenne (notamment le lait) et directement auprès des producteurs qui distribuent leurs reliquats.

« Nos poubelles ne sont pas belles, plein de bactéries s’y développent. Cela nous pose un vrai problème de conscience que de laisser les gens venir s’approvisionner de cette manière. Nous avons hésité à mettre de l’eau de Javel dedans, mais c’est dangereux », admet Jean-Louis Raynaud, directeur de la structure qui récupère puis distribue chaque jour des produits frais à 138 associations et centres communaux d’action sociale, rien qu’en Gironde.

« Nous jetons 200 tonnes de nourriture par an (5 % du tonnage total). Dans le lot, il y a tous les produits périmés depuis plus de huit jours, mais aussi les aliments abîmés mais qui restent comestibles. Les associations ne prennent pas, par exemple, les fruits qui ont un petit coup. Leur credo est clair et net : les personnes pauvres ne sont pas des sous-consommateurs. Alors on redistribue ces produits aux bénévoles ou alors, effectivement, ils partent à la poubelle », admet Georges Viala.

Ce gaspillage ne devrait pas durer. À la demande de la Banque alimentaire locale, l’ONG Agrisud International, qui lutte contre la pauvreté, a mené une étude. Selon cette ONG basée à Libourne, sur les 200 tonnes de nourriture jetée, 70 tonnes sont récupérables sous forme de confitures, de gaspachos ou de compotes. D’où l’idée de créer une petite entreprise de commerce solidaire qui sera proposée à des bénéficiaires de l’aide alimentaire. Elle devrait voir le jour en Gironde dans les mois qui viennent.

8 millions de pauvres

En attendant, le contenu de la quinzaine de bacs de la Banque alimentaire destiné aux déchetteries de la Communauté urbaine de Bordeaux attire chaque vendredi son lot d’intéressés. Dans le quartier voisin du Grand-Parc, 39 % de la population se situe sous le seuil de pauvreté, soit moins de 800 euros par mois. En France, 8 millions de personnes vivent ainsi. Le logement et l’énergie engloutissent les trois quarts de leur budget : alors, pour eux des tarifs de repas dérisoires restent toujours trop chers.

« Souvent, il ne reste aux familles que 170 euros par mois pour vivre, c’est-à-dire 5 euros par jour pour la nourriture, l’hygiène ou d’éventuels loisirs, poursuit Georges Viala. Je vient de rencontrer un jeune intermittent du spectacle qui ne mange que des barres chocolatées depuis un mois. S’ajoute à ce grave problème de malnutrition une question de santé publique. »

Une étude récente publiée par le Centre d’étude et de recherche sur la philanthropie (Cerphi) trace en creux un portrait-robot de ceux qu’on stigmatise aussi sous le nom ancestral de glaneurs. Le plus souvent, ils possèdent un logement et refusent l’aide alimentaire, qu’ils associent à de l’assistanat. Ils considèrent la nourriture ramassée comme plus diversifiée que celle proposée par les associations et sans danger pour la santé, dotée de qualités nutritionnelles et gustatives équivalentes à celle achetée.

Le constat n’est pourtant pas réjouissant. Peu à peu, les indigents des villes ont pris la direction de la campagne : l’idée reçue voudrait que la vie y soit plus douce. Dans la réalité, il n’en est rien. Dans le canton de Sainte-Foy-la-Grande (33), par exemple, un quart de la population vit au seuil de la pauvreté. Le Sud-Gironde et le Médoc ne sont pas loin de cette triste réalité.

« Le problème se déplace dans les zones rurales, où n’existent également que très peu de solutions. Pis, le transport y est un réel souci qui accroît encore les difficultés et isole d’autant plus les personnes qui choisissent d’aller vivre là », indique Georges Viala.

La demande d’aides a explosé de 25 % ces trois dernières années. Les associations ont du mal à les satisfaire. Elles ont conscience que leur travail revient de plus en plus à poser des plâtres sur des jambes de bois.

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